C&rsquo;est un vendredi, le 29 juillet 2022, que Jacques nous a quitt&eacute; subitement dans sa 77&egrave;me ann&eacute;e.<br> Jacques Derron, n&eacute; le 16 septembre 1945 au Vully, a effectu&eacute; la majorit&eacute; de sa carri&egrave;re &agrave; Agroscope, sur le site de Changins, dans le service d&rsquo;entomologie dont il prit la t&ecirc;te jusqu&rsquo;&agrave; sa retraite en 2008.<br> Issu d&rsquo;une famille d&rsquo;agriculteurs, Jacques grandit dans le Vully au bord du Lac de Morat o&ugrave; tout petit il s&rsquo;&eacute;merveille d&eacute;j&agrave; devant les batraciens et autres insectes qu&rsquo;il observe dans sa r&eacute;gion. Il accomplit sa scolarit&eacute; au Vully, &agrave; Fribourg et &agrave; Neuch&acirc;tel o&ugrave; il obtient la maturit&eacute; scientifique.<br> Il choisit ensuite d&rsquo;&eacute;tudier l&rsquo;agronomie &agrave; l&rsquo;EPFZ o&ugrave; il est tr&egrave;s vite attir&eacute; par l&rsquo;entomologie et s&eacute;duit par la production int&eacute;gr&eacute;e. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il consacre son travail de dipl&ocirc;me &agrave; la lutte biologique contre la Mouche de la cerise. Il part ensuite, avec son &eacute;pouse Monique, &eacute;galement ing&eacute;nieur agronome, pour l&rsquo;&icirc;le de S&atilde;o Tom&eacute; (Golfe de Guin&eacute;e). Pendant trois ans, il y effectue des recherches sur l&lsquo;entomofaune dans les plantations de cacao et y d&eacute;couvre, entre autres, de nouvelles esp&egrave;ces dont toute une s&eacute;rie de coccinelles, parmi lesquelles Nephus derroni et Thea moniqueae. Ces recherches aboutissent &agrave; sa th&egrave;se de doctorat d&eacute;fendue en 1977: &laquo;Approche &eacute;cologique de l&rsquo;entomofaune des cacaoy&egrave;res de S&atilde;o Tom&eacute;&raquo;, sous la direction du Prof. Dr. V. Delucchi, Institut d&rsquo;Entomologie EPFZ.<br> La m&ecirc;me ann&eacute;e, Jacques int&egrave;gre le Service phytosanitaire du canton de Gen&egrave;ve o&ugrave; il se consacre notamment &agrave; la jaunisse nanisante de l&rsquo;orge et ses vecteurs, &agrave; savoir les pucerons. A cette &eacute;poque, il s&rsquo;int&eacute;resse d&eacute;j&agrave; beaucoup &agrave; la th&eacute;matique des seuils d&rsquo;intervention contre les ravageurs des cultures. Ceci afin de pouvoir offrir aux agriculteurs un outil d&eacute;cisionnel permettant de savoir si une intervention phytosanitaire dans les cultures est justifiable et rentable.<br> Apr&egrave;s cette p&eacute;riode genevoise, Jacques postule &agrave; Agroscope, appel&eacute; encore Station f&eacute;d&eacute;rale de recherches agronomiques de Changins. Il y est engag&eacute; en janvier 1980 dans le Service d&rsquo;entomologie. Il travaille alors sur de nombreux th&egrave;mes, notamment les questions &eacute;pid&eacute;miologiques li&eacute;es aux vecteurs de virus dans les pommes de terre et les c&eacute;r&eacute;ales, la recherche de solution aux d&eacute;g&acirc;ts d&rsquo;insectes du colza et les premiers cas de r&eacute;sistances aux insecticides, l&rsquo;&eacute;laboration de seuils d&rsquo;intervention et la participation active &agrave; la lutte biologique &agrave; l&rsquo;aide des Trichogrammes contre la pyrale du ma&iuml;s. Cette derni&egrave;re, s&rsquo;av&egrave;re plus que jamais d&rsquo;actualit&eacute; avec la recherche d&rsquo;alternatives durables dans la gestion des bioagresseurs des plantes. De ces travaux d&eacute;coulent de nombreux &eacute;changes avec des coll&egrave;gues au niveau national, notamment avec les interlocuteurs cantonaux, l&rsquo;interprofession, les firmes, les agriculteurs, tout comme &agrave; l&rsquo;international avec notamment le projet Euraphid. Pendant plusieurs ann&eacute;es il donne, avec des coll&egrave;gues de divers domaines comme la phytopathologie, des cours sur la production int&eacute;gr&eacute;e aux &eacute;tudiants d&rsquo;agronomie &agrave; l&rsquo;EPFZ. Il est un des membres fondateurs de la Soci&eacute;t&eacute; suisse de Phytiatrie qui se charge de l&rsquo;&eacute;tude des facteurs contribuant &agrave; la conservation et &agrave; l&lsquo;am&eacute;lioration de la sant&eacute; des plantes.<br> Parall&egrave;lement &agrave; cette th&eacute;matique &laquo;d&rsquo;insectes ravageurs des cultures&raquo;, Jacques avait bien compris que pour trouver des solutions phytosanitaires, il fallait comprendre le syst&egrave;me dans son ensemble, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;&eacute;tude syn&eacute;cologique dans l&rsquo;espace agroenvironnemental. Il a donc &eacute;tudi&eacute; les &eacute;changes entre esp&egrave;ces, notamment les relations entre auxiliaires et ravageurs, ainsi que la biodiversit&eacute; dans la zone agricole. Il prit part aux projets de mise en place et d&rsquo;&eacute;valuation des premi&egrave;res surfaces de promotion de la biodiversit&eacute; (appel&eacute;e jadis surfaces de compensation &eacute;cologique) avec ses coll&egrave;gues de Reckenholz et de nombreux partenaires dont l&rsquo;OFAG, Agridea (SRVA), le Fibl, le WSL, la Station ornithologique suisse, les Universit&eacute;s de B&acirc;le et Berne. Cela l&rsquo;a conduit &agrave; &eacute;tudier la faune carabique des surfaces cultiv&eacute;es ainsi que des milieux semi-naturels. Il participa d&rsquo;ailleurs au r&eacute;cent travail de terrain pour la r&eacute;actualisation de la Liste rouge des carabes sous l&rsquo;&eacute;gide d&rsquo;Info Fauna/CSCF. Arriv&eacute; &agrave; la retraite, il se passionne pour les champignons, encore un monde &hellip; sans fin, qu&rsquo;il va &eacute;tudier sans rel&acirc;che. Mais comme tous les chemins m&egrave;nent &agrave; l&rsquo;entomologie, Jacques faisait de belles d&eacute;couvertes de col&eacute;opt&egrave;res myc&eacute;tophages ou fongicoles trouv&eacute;s dans des champignons qu&rsquo;il me faisait partager. Pour l&rsquo;anecdote, je me souviens, il y a peu, qu&rsquo;il m&rsquo;avait envoy&eacute; le plus petit col&eacute;opt&egrave;re existant en Europe, &agrave; savoir Baranowskiella ehnstromi, trouv&eacute; dans un champignon lignicole sur saule.<br> Jacques a publi&eacute; de nombreux articles scientifiques sur la th&eacute;matique de la protection des plantes et de l&rsquo;entomologie. Il a aussi form&eacute; de nombreux apprentis laborantins et suivis des travaux de dipl&ocirc;mes et th&egrave;ses de doctorat. Il &eacute;tait membre de la Soci&eacute;t&eacute; suisse de Phytiatrie, de la Soci&eacute;t&eacute; suisse d&rsquo;entomologie, des Soci&eacute;t&eacute;s de mycologie de Fribourg et de La C&ocirc;te. Au moment de son d&eacute;c&egrave;s, il &eacute;tait impliqu&eacute; dans le projet &laquo;Inventaire des Champignons de la Grande Cari&ccedil;aie&raquo;.<br> Jacques &eacute;tait un grand scientifique, toujours int&eacute;ress&eacute; &agrave; comprendre le monde qui nous entoure. Il &eacute;tait &eacute;galement un amoureux des voyages, tout particuli&egrave;rement des &icirc;les volcaniques (en souvenir de S&atilde;o Tom&eacute;), qu&rsquo;il visitait avec son &eacute;pouse et leurs deux filles. Il appr&eacute;ciait aussi grandement la lecture, notamment les trait&eacute;s historiques et g&eacute;opolitiques, ainsi que la musique classique. Pour moi, Jacques &eacute;tait avant tout un homme g&eacute;n&eacute;reux avec qui il faisait bon discuter et partager de bons moments d&rsquo;amiti&eacute;. Jacques, mon ami, tu vas nous manquer.